08/10/2007

chronique du concert de phantom extrait du site chanson française lalala.org

Phantom featuring Jacques Duvall La Flèche d'or (Paris), le 24 septembre 2007Récitals Benjamin Schoos (guitares), Pascal Schyns (basse), Philippe Corthouts (batterie) Sommaire Accueil Jacques Duvall est un grand parolier, l'affaire est entendue : son style est reconnaissable entre tous et les 25 ans de recul dont nous disposons aujourd'hui pour apprécier sa production ne permettent plus de douter de l'existence de thèmes, d'obsessions, de toute une mythologie personnelle - bref d'invariants comme on dit à la Sorbonne Nouvelle. Mais à la différence de Serge Gainsbourg, autre "auteur de la chanson" qui écrivait à la fois pour le grand public et les happy few, Jacques Duvall n'est jamais parvenu à s'imposer comme interprète, malgré plusieurs tentatives depuis le premier 45 tours publié sous le nom d'Hagen Dierks en 1981, qui montrent qu'au-delà d'un certain dilettantisme affiché (son deuxième album s'intitule Je déçois...), le désir de chanter est bien réel. Voilà donc qu'en dépit des appréhensions ("Pour être franc, je suis assez lâche ; la scène me fait peur") et des inaptitudes reconnues et assumées ("Dans la vie je ne suis pas un showman, je n'ai pas cet instinct, alors que Lio ou Marie France, dès qu'elles arrivent quelque part..." (1)), Jacques Duvall revient, mais sous le nom de "Phantom featuring Jacques Duvall", c'est-à-dire en quelque sorte comme vedette (américaine) d'un groupe fantôme qui tout à la fois le met en valeur, le protège et lui permet, enfin, de trouver une voie (et une voix) convaincante(s), comme l'a prouvé le bref concert de La Flèche d'or. Non pas qu'on y ait assisté à la naissance d'un interprète au sens traditionnel du terme, mais on y a constaté avec étonnement la révélation d'un véritable personnage très différent du discret, du doux, du charmant Jacques Duvall. Car loin de la pop, plus loin encore de la chanson, l'auteur de "Seules les filles pleurent" s'est façonné, avec l'aide des musiciens de Phantom, et notamment du compositeur Benjamin Schoos, un costume de rocker qui a soudainement pris tout son sens dans la salle enfumée de la rue de Bagnolet (sur le disque, la transformation de Duvall semble encore inachevée) : formation rock classique avec prédominance de la guitare électrique, niveau sonore très élevé et surtout voix rauque, forcée, proche du cri parfois, l'ensemble composant un tableau, un fond sur lequel une chanson comme "John-Cloude" prend tout son sens, c'est-à-dire gagne une force satirique vraiment stupéfiante parce qu'ambivalente. Et il faut voir et écouter Jacques Duvall tour à tour psalmodier et hurler "Il doit y avoir un truc" sur un accompagnement assourdissant et hypnotique pour saisir le sens véritable de son retour sur (le devant de la) scène : non plus "décevoir en parallèle" mais, enfin, s'imposer - ou plus exactement imposer une créature désabusée, d'une noirceur et d'une violence presque nihilistes, n'étaient l'humour et surtout le refus du sérieux, toujours au bord des lèvres. N'était également la conscience de tenir un rôle et de jouer un jeu - une conscience que Marie France, qui chanta le tout premier texte de Jacques Duvall en 1977 ("Daisy"), possède littéralement comme aucun autre interprète et dont elle est venue faire une nouvelle fois la preuve sur la scène de la Flèche d'or, le temps d'une chanson inédite qui paraîtra en 2008 sur l'album de "Phantom featuring Marie France" : sa manière d'entrer en scène en jetant avec une rage à la fois hautaine et amusée les feuilles des textes des chansons utilisées auparavant par Jacques Duvall, fut comme un geste punk stylisé, une quintessence tenue à distance, en respect - pour le spectateur, la pure jouissance d'un geste à la fois absolument exact et slightly over the top... L'interprétation de la chanson elle-même, intitulée "Les Nanas", fut de la même eau grandiose et distanciée, ce qui aida très certainement le plus soupe au lait des militants de la cause féministe (mais y en avait-il ce soir-là dans la salle ?) à ne pas confondre la célébration de la femme fatale notamment à ses copines, avec de la misogynie ("Les nanas quand j'en vois une qui traverse / Je freine pas").Certains feront remarquer que Jacques Duvall eut quelques problèmes de micro. D'autres dresseront la liste des vedettes de la pop qui assistèrent au concert et donnèrent à la soirée, par leur simple présence bienveillante, le parfum d'une réunion amicale (Elisa Point, Pascale Borel, Lio, Alain Chamfort...). Contentons-nous de saluer l'apparition, dans les habits mêmes de Jacques Duvall, d'un Phantom à l'oeil dur et à la voix lourde qui ne tente plus de chanter du Duvall comme (et plutôt moins bien) ses autres interprètes, mais parvient sous nos yeux à élargir encore la palette (dans les noirs et les rouges sang, on l'aura compris) d'un auteur avec lequel il ne se confond plus tout à fait. Jérôme Reybaud, octobre 2007phantometmariefrance

21:36 Écrit par Miam Monster Miam dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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